Le mieux est l’ennemi du bien

« Le mieux est l’ennemi du bien » est une citation extraite d’un ouvrage de Voltaire (apparemment empruntée à Montesquieu : le mieux est l’ennemi mortel du bien).

Cette expression signifie qu’il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège du perfectionnisme. Car il est vrai qu’il arrive parfois que l’on veuille améliorer une chose, à tel point qu’on devient incapable de la terminer, toujours en train de retoucher, changer, corriger, améliorer. Or, au bout d’un moment, toutes les « améliorations » que nous pensons apporter ne sont en réalité que des petits détails qui ne changeront pas le résultat global. Il faut donc faire son travail sérieusement, mais aussi savoir dire « stop ».

Quel rapport avec l’apprentissage des langues ?

Apprendre une langue nécessite un apprentissage sérieux et de bonnes connaissances. Je vous l’accorde, et loin de moi l’idée de penser qu’un apprentissage approximatif est suffisant. On note cela en particulier avec une langue comme le français pour laquelle il est tout à fait souhaitable d’avoir une certaine maîtrise de l’orthographe, de la conjugaison et de la grammaire pour pouvoir s’exprimer et pour pouvoir comprendre, comme dans l’exemple suivant :

« Ces derniers jours, beaucoup d’hommes ont voulu m’expliquer des choses. Pas n’importe lesquels et pas n’importe lesquelles. »

Dans une phrase comme celle-ci, seule une certaine connaissance grammaticale peut permettre de comprendre la différence de sens indiquée par « lesquels » et « lesquelles ». Il faut donc maîtriser le code de la langue que l’on apprend. Cela permettra dans ce cas, de comprendre que « lesquels » se rapporte à « hommes » et « lesquelles » est à rapprocher de « choses ».

Mais là où il peut être utile de reprendre cette réflexion sur le mieux et le bien, c’est lors des phases de compréhension ou de production, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.

Perfectionnisme et compréhension

Lorsque vous lisez un texte ou lorsque vous écoutez un document audio, il faut trouver un équilibre entre compréhension et progression. Si vous adorez plonger dans votre dictionnaire, c’est parfait, vous serez heureux à l’idée d’interrompre votre lecture ou votre écoute pour aller chercher la signification de chaque mot que vous ne comprenez pas. Par contre, si vous ressentez un sentiment de gêne ou de frustration à l’idée de devoir vous interrompre, alors mieux vaut privilégier l’écoute ou la lecture, en l’interrompant uniquement quand votre compréhension est réellement bloquée.

Souvent, on veut se rassurer, on veut être sûr(e) de tout comprendre et ne rien laisser au hasard. On ressent le besoin de chercher dans son dictionnaire même si on a « une petite idée » de ce que tel ou tel mot pourrait vouloir dire.

C’est à vous de trouver votre point d’équilibre. Il faut que votre progression dans le document soit satisfaisante et il faut que vous ayez un minimum de compréhension pour continuer à avancer dans ce document. Mais vouloir tout apprendre et tout comprendre représente un gros effort. C’est une bonne approche, mais il faut faire attention à ne pas s’épuiser, à pouvoir tenir la distance et continuer à fournir des efforts dans le temps. Donc attention, parfois « le mieux est l’ennemi du bien » à court terme, même si le mieux est à rechercher sur le long terme.

Perfectionnisme et production

Vous l’avez deviné ! Oui, vouloir atteindre la perfection en production peut vous empêcher de vous exprimer « au moment » où vous devez formuler une phrase, que ce soit à l’oral ou à l’écrit.

Il arrive souvent que l’on veuille dire une chose dans une langue étrangère et que l’on bloque parce qu’il nous manque le « bon » mot. Celui que l’on voudrait exprimer et pas un autre. On devient alors assez frustré(e) parce que notre phrase ne sort pas, on met du temps à parler ou à écrire.

Mais là encore, il faut trouver le juste équilibre entre expression et recherche de la perfection linguistique, aucun ne devant bloquer l’autre.

Apprentissage et pratique

Surmonter les premiers obstacles

Apprendre une langue étrangère nécessite de la pratiquer, d’être à son contact. Or, le contact avec toute langue non maîtrisée… fait très mal dans les premiers temps ! On a juste envie de s’enfuir, on ne comprend rien, tout est difficile. Et puis, en persévérant, les choses deviennent moins difficiles, on s’habitue à la musique de la langue, aux intonations, on arrive à repérer les délimitations entre les différents mots d’une phrase. Bref, on s’améliore, on améliore notre compréhension de cette langue.

Co-construire sa compétence langagière

Une autre chose très importante dont on bénéficie quand on arrive « à se jeter à l’eau », c’est que l’on peut bénéficier de soutien que l’on n’obtiendra pas si on n’ose pas parler ou écrire.

Prenons l’exemple suivant (que j’emprunte à l’une de mes étudiantes). Si vous voulez dire « on a volé la selle de mon vélo », mais vous ne connaissez pas le mot « selle », vous pouvez choisir de ne rien dire et d’aller farfouiller dans votre dictionnaire, tout seul. Ou vous pouvez choisir de le dire en expliquant que : « on a volé le truc pour s’asseoir sur le vélo, la chaise du vélo ». Et immédiatement, vous pourrez bénéficier d’une correction : « on a volé la selle de ton vélo, ça s’appelle la selle. ».

Bénéficier de données en contexte

Oser parler, même de façon imparfaite, vous permet de bénéficier d’une explication immédiate mais surtout en contexte. La personne à qui vous parlez comprend la situation, elle voit, écoute, vous regarde, voit vos gestes, comprend le non-dit. Toutes ces informations la guident pour l’aider à vous proposer la formulation correcte. Alors que si vous essayez de regarder tout seul dans le dictionnaire, vous risquez de vous tromper car l’usage d’une langue est très souvent subtil et cette subtilité ressort très faiblement dans les dictionnaires. Dans un dictionnaire, vous trouverez une traduction très peu contextualisée. On s’est tous déjà retrouvés devant un dictionnaire qui nous proposait deux ou trois traductions pour un même mot, sans trop savoir laquelle prendre et en finissant par se lancer un peu au hasard.

Si vous osez vous lancer et parler face à un natif, un ami plus avancé ou en cours de langue, vous n’aurez pas ce problème. La personne vous donnera le bon mot, et si elle a un doute, elle prendra soin de le clarifier avec vous. Elle pourra même vous expliquer les différents sens.

J’insiste donc, faites-vous confiance, osez parler, osez écrire, osez continuer la lecture d’un texte dont vous ne comprenez pas tout. Avancez, familiarisez-vous avec la musique de la langue, sa mélodie, la construction des phrases, adoptez quelques phrases que vous utilisez et que vous utiliserez de plus en plus facilement.

Pensez votre compréhension ou votre expression comme une échelle à monter. On ne commence pas par le haut. On commence en bas, on monte chaque échelon pour arriver en haut. Ayez confiance en vos capacités d’apprentissage, regardez chaque erreur et chaque hésitation comme une opportunité d’apprentissage. Testez vos hypothèses, essayez vos formulations et enregistrez les corrections.

De Voltaire à Montesquieu et Balzac

Pour en revenir à la littérature (personnellement j’en reviens toujours à mes petits travers !), je vous recommande la lecture du roman de Balzac, Le Chef-d’oeuvre. Cet ouvrage illustre parfaitement l’adage selon lequel « le mieux est l’ennemi du bien ». Balzac relate l’histoire du peintre Frenhofer qui (pour résumer très grossièrement), travaille sur une toile qu’il ne cesse d’améliorer, dont il retarde toujours le partage avec le public, et le jour où il se juge enfin prêt, des mois plus tard, il dévoile une toile qui n’a plus rien d’une toile. Il montre une peinture dont on ne voit rien, dont on ne sait que penser, un amas de coups de pinceaux, de corrections, d’améliorations, de superpositions qui au final ne veut plus rien dire.

Je trouve que le plus intéressant dans ce roman est la réaction des personnes présentes face à cette toile et, en miroir, la réaction du peintre. Les convives sont effarés car ils ont sous les yeux un atroce barbouillage, quant au peintre, totalement absorbé par sa quête de la perfection, il a perdu tout recul et est convaincu que sa toile est magnifique, parfaite. Il explique aux personnes présentes à quel point ce trait de pinceau met en valeur ceci, celui-ci à droite fait ressortir cela. Et il n’est plus du tout en mesure de réaliser qu’à force de travailler sa peinture, il l’a détruite.

Dons, souvenons-nous : le mieux est l’ennemi du bien. Il y a un moment où il faut dire stop et faire avec ce que l’on a dans l’immédiat. Ce qui n’empêche pas d’y revenir plus tard pour l’améliorer, mais il ne faut pas que cela nous bloque, nous paralyse, empêche de parler ou d’écrire.

Apprendre le français

Et justement, si vous souhaitez apprendre le français, progresser, améliorer vos compétences, qu’il s’agisse de compréhension ou de production, je peux vous aider. Je vous propose des cours particuliers de FLE. Un cours particulier est la meilleure façon pour progresser de façon efficace, systématique et personnalisée. Dans un cours particulier, je prends en compte vos besoins, votre niveau, vos objectifs et vos centres d’intérêts. Tout est centré sur vous pour vous aider à progresser.

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4 Commentaires

  1. J’ai beaucoup aimé .On ne peut rien ajouter de plus pratique..Je trouve que vous avez bien su avec une grande habileté donner de l’espoir à vos élèves dont j’en fais fièrement partie . Une chose est sûre les apprenants des langues étrangere sont exposés à plusieurs difficultés comme vous l’avez souligné de cet article bien rédiger et très édifiant à la fois .
    Cependant il faut croire en ces compétences et savoir relativiser et admettre la progressivité comme rythme mais chercher la performance lentement car « c’est un forgeant qu’on devient forgeron. »
    Mes respects !

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