Vous faites partie des nombreux apprenants qui souffrent à cause de l’orthographe française ? Rassurez-vous, c’est un véritable calvaire pour beaucoup de Français également.
Mais, alors à qui la faute ?
Pour rédiger cet article, je me suis appuyée sur le merveilleux livre d’Henriette Walter Le Français dans tous les sens (et au passage, je vous recommande chaudement cette linguiste qui vulgarise à merveille ses tonnes de connaissances).
Je vous propose ici un résumé de ses propos, des pages 127 à 131.

Afin de comprendre comment et pourquoi l’orthographe a été fixée dans une forme si « inconfortable », il nous faut remonter le cours de l’histoire française pour arriver au 17ème siècle.
Contexte historique du 17ème siècle
Le 17ème siècle a vu des changements importants sur le plan de la culture et de la langue, puisqu’en 1635, Richelieu, homme politique, cardinal, l’un des plus hauts personnages du règne du roi Louis XIII a fondé l’Académie française (pour plus d’informations sur ce personnage central de l’histoire française, je vous renvoie à l’article que j’avais écrit, intitulé « culture historique, qui est Richelieu ? »). L’objectif de l’Académie française a été, dès sa création, de donner des règles précises à la langue française afin de la rendre pure. C’est en cela que l’Académie a entrepris la rédaction d’un dictionnaire et d’une grammaire, car comme le précise Henriette Walter : « la langue, instrument de la centralisation politique, devient une affaire d’État.
Richelieu décèdera en 1642, alors que l’Académie française n’en est qu’à ses balbutiements. Quelques mois plus tard, c’est le roi Louis XIII qui décèdera à son tour. S’ensuivra alors le règne de Louis XIV qui deviendra, une fois qu’il aura atteint l’âge de régner en personne, lui aussi un grand défenseur des arts et des lettres. L’entreprise de Richelieu a pu perdurer car les personnages historiques qui lui succédèrent furent tous dans la même lignée (optique) que lui, qu’il s’agisse de son successeur, le cardinal Mazarin, ou de la Régente Anne d’Autriche (qui assura le pouvoir en attendant la majorité de son fils Louis XIV), ou de Louis XIV.
L’orthographe avant 1673
En France, croyez-le ou non, avant cette date, l’orthographe était relativement « libre » 🙂
Les mots faisaient l’objet de graphies diverses, fruit de plusieurs siècles de désordre (ou de liberté ?) orthographique. Qu’à cela ne tienne, les académiciens, dans leur prestigieuse mission de mise en forme officielle du code écrit se sont donc attaqués à cette pagaille, mais d’une façon pour le moins élitiste bien sûr, Académie française oblige !
Que s’est-il passé en 1673 ?
Si le rôle de l’Académie, depuis sa création, avait toujours été de fixer l’orthographe, le 8 mai 1673 est une date qui restera dans les annales, car comme le précise Henriette Walter, page 127 : « Tous les enfants qui peinent aujourd’hui pour apprendre l’orthographe du français peuvent maudire le lundi 8 mais 1673, jour funeste où les académiciens ont pris la décision d’adopter une orthographe unique, obligatoire pour eux-mêmes et qu’ils s’efforcent ensuite de faire accepter par le public. »
Voilà, c’est dit 🙂
Et Henriette Walter d’ajouter que, si certains essais de simplification de l’orthographe ont bel et bien été proposés, ils ont quasiment tous été rejetés car l’Académie préférait « l’ancienne Orthographe, qui distingue les gens de Lettres d’avec les ignorants ». C’est ce principe de distinction sociale qui a conduit les académiciens à revenir à des formes archaïques pour certains mots tels que « corps » ou « temps ».
Et si vous souffrez à chaque rédaction d’une lettre formelle…
Vous pouvez là encore remercier les académiciens de cette fin du 17ème 🙂 car si aujourd’hui, nous devons nous plier aux célèbres (et alambiquées) formules du type : « je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, l’expression de mes sentiments dévoués », là encore, c’est un usage qui nous vient tout droit des décisions prises par l’Académie française à cette époque !

